Mobilité · Voyager sans avion
Trains de nuit internationaux en Europe
Partir le soir, dormir en chemin, arriver au cœur d'une autre capitale au petit matin. Après deux décennies de déclin, le train de nuit renaît en Europe — porté par l'ÖBB Nightjet et une nouvelle génération d'opérateurs.
Un réseau en pleine renaissance
Le train de nuit a failli disparaître d'Europe. Concurrencé par les compagnies aériennes à bas coût, par le TGV de jour et par le vieillissement des voitures-lits, il a été massivement supprimé dans les années 2000 et 2010. La Deutsche Bahn a même abandonné l'ensemble de ses trains de nuit fin 2016.
Depuis, le mouvement s'est inversé. Sous l'impulsion de l'opérateur autrichien ÖBB et de sa marque Nightjet, de nouvelles liaisons ouvrent chaque année, des opérateurs privés et coopératifs émergent, et plusieurs lignes historiques disparues sont relancées. Voyager loin sans prendre l'avion redevient possible — et confortable. En France aussi, le réseau national des Intercités de Nuit renaît, avec huit lignes au départ de Paris et un plan de relance à l'horizon 2030.
ÖBB Nightjet
Exploité par les chemins de fer fédéraux autrichiens, Nightjet est le plus grand réseau de trains de nuit du continent : il relie 13 pays avec cabines privées, couchettes et places assises. Depuis Vienne, Munich et Zurich, il dessert Paris, Amsterdam, Bruxelles, Berlin, Hambourg, Rome, Venise, Milan et au-delà — y compris la ligne directe Munich–Florence–Rome (NJ 295).
Le réseau aujourd'hui
Le cœur du réseau s'organise autour de trois grands nœuds alpins — Zurich, Munich et Vienne — d'où rayonnent les liaisons vers l'ouest (Paris, Bruxelles, Amsterdam), le nord (Berlin, Hambourg), le sud (Rome, Venise, Milan) et l'est (Budapest, Zagreb).
Au-delà de ce cœur, un réseau périphérique prolonge le voyage jusqu'aux marges du continent : les Carpates et la Transylvanie vers Bucarest, les Balkans vers Sofia et Belgrade, le Bosphore avec la mythique liaison vers Istanbul, et le Grand Nord scandinave jusqu'au cercle polaire.
Les opérateurs
Le train de nuit européen n'est pas le monopole d'une seule compagnie : c'est une mosaïque d'opérateurs nationaux, privés et coopératifs.
Les lignes disparues — et celles qui renaissent
La carte d'aujourd'hui est aussi une carte des absences. Beaucoup de liaisons de nuit emblématiques ont été supprimées au fil des années, victimes de l'aérien low-cost, des coupes budgétaires et de matériels en fin de vie. Certaines, depuis, ont été relancées.
- City Night Line (Deutsche Bahn) — toute la marque de trains de nuit allemands arrêtée en décembre 2016. C'est l'ÖBB qui en a repris une partie pour lancer Nightjet. → Réseau largement repris par Nightjet.
- Thello — Paris ↔ Venise — dernier train de nuit transalpin au départ de la France, arrêté en 2020. → Liaison de nuit Paris–Italie reprise par Nightjet (Paris–Rome/Milan).
- Elipsos « Trenhotel » — Paris ↔ Madrid & Paris ↔ Barcelone — supprimés fin 2013 avec l'arrivée de la grande vitesse. → Pas encore de remplaçant de nuit direct (correspondance via Hendaye).
- Paris ↔ Berlin / Hambourg / Munich (City Night Line) — supprimés vers 2014. → Paris–Berlin de nuit relancé fin 2023 (Nightjet) ; axe Paris–Berlin/Hambourg aussi assuré par European Sleeper.
- Lunéa / Corail Lunéa (SNCF) — la quasi-totalité des trains de nuit intérieurs français supprimés entre 2014 et 2017 ; il n'en restait que deux. → Relance des Intercités de Nuit : retour de Paris–Nice (2021), nouvelles dessertes (Aurillac, Tarbes/Hendaye).
- EuroNight Paris ↔ Moscou et autres grandes liaisons est-ouest longue distance — supprimées au cours des années 2010.
Le contraste est net : là où l'on fermait des lignes au début des années 2010, on en rouvre aujourd'hui. Paris–Vienne (2021), Paris–Berlin (2023), Bruxelles–Prague puis Bruxelles–Milan (European Sleeper), Paris–Rome (2024)… le réseau se reconstitue, année après année.
Pourquoi privilégier le train de nuit
Sur un même trajet, l'avion émet jusqu'à 50 fois plus de CO₂ qu'un train. Le train de nuit ajoute un avantage décisif : il remplace à la fois le vol et la nuit d'hôtel. On part d'un centre-ville, on dort, on arrive dans un autre centre-ville reposé — sans aéroport, sans navette, sans décalage.